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Vers une « Pléiade de la francophonie » Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Envoyer à un ami Imprimer
8 décembre 2006
L’Institut des textes et manuscrits modernes, institution française liée au Centre national de la recherche scientifique, lance un programme de sauvegarde des manuscrits francophones contemporains et invite l’AUF à s’y associer.

© Photo ITEMLes traces écrites de la création littéraire, scientifique et culturelle font, depuis une trentaine d’années, l’objet d’un nouveau type de recherche – l’étude génétique des archives modernes et contemporaines – qui s’est donné pour but de comprendre les œuvres de la pensée non comme de simples acquis mais comme les résultats d’un processus et d’un travail, interprétables à travers le mouvement même qui leur a donné naissance.

En effet, le texte d’une œuvre publiée résulte le plus souvent d’une élaboration écrite dont le chercheur découvre les traces en étudiant l’ensemble plus ou moins développé des documents de rédaction, des manuscrits de travail. Ils peuvent comprendre des notes documentaires, des plans et scénarios, des ébauches et des brouillons, des mises au net corrigées, un manuscrit ou un tapuscrit pour l’imprimeur, des épreuves corrigées… À cela s’ajoute l’existence de manuscrits inédits. La génétique textuelle est ce type d’investigation qui interroge les textes à partir de leur fabrication, de leur genèse. L’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM - UMR 8132 École normale supérieure - Centre national de la recherche scientifique) est actuellement le laboratoire qui détient la plus longue et la plus vaste expérience en ce domaine.

Le patrimoine intellectuel et artistique occidental bénéficie de deux siècles d’enrichissements de ses collections publiques et privées. C’est ce qui explique le développement des recherches de type « génétique » en France et en Europe. En revanche, à l’exception de quelques corpus illustres, le domaine francophone ne dispose d’aucune infrastructure patrimoniale. Prenons au sérieux une évidence qui constitue aussi une urgence : dans le domaine de la transmission, de la culture écrite, une politique cohérente de la francophonie doit commencer par la sauvegarde et la valorisation du manuscrit francophone.

Patrimoine francophone

Le manuscrit francophone moderne est très insuffisamment valorisé. Le manuscrit francophone contemporain, de l’Afrique et des Caraïbes, n’est pas seulement négligé, il est en péril. Non seulement beaucoup de pays ne possèdent pas les structures de conservation indispensables à la sauvegarde matérielle des documents et des livres, mais dans de nombreux cas, les écrivains, savants ou artistes reconnus pour l’importance de leur œuvre, sont considérés comme des dissidents ou des rebelles à l’égard desquels les pouvoirs publics ne se sentent aucune obligation patrimoniale. C’est le cas, par exemple, pour un auteur de tout premier plan comme Sony Labou Tansi : depuis sa disparition en 1995, les archives de cet écrivain n’ont bénéficié d’aucune protection.

Cette situation dramatique d’abandon est celle qui est actuellement faite à l’œuvre de nombreux créateurs morts au cours des dernières décennies : leurs archives comportant souvent d’importants inédits se trouvent en état de totale vulnérabilité, notamment dans les pays qui ont connu ou qui connaissent encore une grande instabilité politique et militaire. Un nombre considérable de fonds sont menacés physiquement de disparition, plusieurs sont d’ores et déjà totalement et irréversiblement détruits.

Une collection érudite et pérenne

En septembre 2006, une conférence de presse animée par Dominique Wolton au siège du CNRS a permis au directeur de l’ITEM, Pierre-Marc de Biasi, de lancer un appel en faveur d’un ambitieux programme qui cherchera à renverser cette logique de déperdition en logique de sauvegarde et de valorisation, notamment en fondant une « Pléiade de la francophonie » qui doterait cette littérature d’une collection érudite et pérenne, aussi digne que celles dont dispose la littérature nationale de France.

Pilotée par l’ITEM, l’équipe du Centre de recherches latino américaines (CNRLA) - Archivos de l’Université de Poitiers, connue pour ses réalisations éditoriales en matière de littératures latino-américaines, avec plus de 60 titres d’inspiration génétique publiés, s’est récemment lancée dans un essai d’édition génétique consacrée aux textes francophones d’Afrique et des Caraïbes, dont un volume « Jacques Roumain » qui a paru en 2003, un volume « Senghor » à paraître, et plusieurs autres titres qui sont en préparation. C’est en partant de cette première tentative, et en faisant fonds de l’expérience acquise dans le domaine hispanique et lusophone, que l’ITEM envisage aujourd’hui de donner à ce nouveau projet la dimension d’un véritable programme de recherche et d’action sur le « Manuscrit francophone ».

Trois objectifs

- la récollection, la sauvegarde et la numérisation des archives, notamment des fonds menacés

- l’analyse des documents de genèse et l’interprétation des processus de création

- la valorisation, l’édition et la diffusion des textes inédits et des manuscrits de travail.

Sauvegarder

En termes de sauvegarde, il s’agira de localiser, identifier, inventorier, transférer, traiter et numériser les archives les plus importantes. L’ITEM et l’équipe CRLA possèdent en ce domaine toutes les capacités d’expertise nécessaires. D’autre part, l’environnement de recherche offert par l’Université de Poitiers présente des avantages considérables, notamment par la présence d’enseignants chercheurs pouvant se mobiliser sur le projet, par la possibilité d’accueil de chercheurs et par l’existence d’une infrastructure de numérisation professionnelle. Pour le stockage des documents pendant la période de leur dépôt (pour traitement, restauration, numérisation), il sera nécessaire de pourvoir le site de Poitiers d’une chambre de conservation d’assez grande dimension pour accueillir simultanément quatre à cinq fonds d’archives. Il sera sans doute nécessaire d’envisager un programme interdisciplinaire pour le traitement spécifique des documents des zones sub-tropicales qui peuvent présenter des risques biologiques, chimiques ou parasitologiques.

L’analyse scientifique

En termes d’analyse scientifique, il s’agira de spécifier, classer, déchiffrer et transcrire les documents de genèse et œuvres inédites. Cinq postes de travail pour des chercheurs (doctorants et post-doc) seront équipés à Poitiers (ordinateurs, imprimantes, bureaux, etc.). L’accueil de chercheurs étrangers impliquera des frais de mission et de séjour. Cette dimension du programme contient aussi un important volet de formation et de transfert méthodologique. Le programme est résolument orienté vers la création d’un dispositif de formation spécialisée, capable d’intervenir à Poitiers pour encadrer les chercheurs accueillis, ou au contraire sur place, dans les pays d’origine, pour organiser des stages de formation initiale auprès des universités partenaires, notamment pour aider au lancement des projets d’investigation sur les dossiers d’archives. Ces formations, qui porteront sur les méthodes et techniques d’analyse matérielle et théorique des manuscrits, impliqueront plusieurs missions chaque année.

Édition et diffusion

En termes d’édition et de diffusion, il s’agira d’assurer, en partenariat avec des éditeurs privés, une édition imprimée de haut niveau, du type « Pléiade », pour les œuvres majeures et une édition en ligne pour les archives des dossiers de genèse. Mais avant la fabrication proprement dite de ces éditions, il s’agira d’abord d’encadrer les chercheurs responsables des différents corpus pour les former aux techniques de transcription numérique, d’annotation collaborative et d’édition en ligne.

Appel à participation

Dans ces trois domaines, l’ITEM et l’Université de Poitiers sont prêts à mettre au service de ce projet leur expérience scientifique, leur savoir-faire méthodologique et leurs infrastructures technologiques. Mais un tel projet ne pourra se développer qu’avec la participation complète des principaux intéressés : les chercheurs des pays francophones qui prendront en charge l’analyse scientifique et la valorisation de leurs propres patrimoines. Ce programme repose sur le principe d’une action collaborative, animée par l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). L’ensemble des partenaires intéressés permettra la création, dans chaque pays concerné, du dispositif de recherche et d’édition ou de co-édition le plus adéquat.

Les chercheurs intéressés sont invités à adresser, avant le 8 janvier 2007, leurs réactions, commentaires et demandes de participation à Marc Cheymol, administrateur délégué au programme « Langue française, diversité culturelle et linguistique », AUF, 4 place de la Sorbonne, 75005 Paris,

France - Téléphone : 01 44 41 42 92 - Courriel : znep.purlzby@nhs.bet

En savoir plus

ITEM (Paris)

CRLA - Archivos (Poitiers)

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