Lauréate du Prix AUF Dolla Karam Sarkis 2025, Rita Hleihel incarne une nouvelle génération de chercheurs libanais engagés au service d’une science à fort impact. Spécialiste en hématologie et oncologie à l’Université Américaine de Beyrouth, elle développe, en collaboration avec des équipes en France, un projet innovant autour de l’oncoprotéine NPM1 comme cible thérapeutique contre les métastases du cancer du sein triple négatif. À travers ce témoignage, elle revient sur la portée de cette distinction, son parcours scientifique et les défis de la recherche au Liban, tout en partageant une vision résolument tournée vers l’avenir et la coopération internationale.
Que représente pour vous l’obtention du Prix AUF Dolla Karam Sarkis ?
Recevoir le Prix AUF Dolla Karam Sarkis représente pour moi un immense honneur et une profonde source de fierté. Ce prix porte le nom d’une femme exceptionnelle dont les contributions à la science continuent d’inspirer des générations de chercheurs. Il revêt pour moi une signification toute particulière, car il symbolise à la fois une reconnaissance de mon parcours scientifique et un encouragement à poursuivre mes recherches avec passion et détermination. Cette distinction dépasse le cadre individuel : elle valorise également le travail collectif accompli au sein de mon équipe et renforce notre engagement à contribuer activement à la recherche en cancérologie.
Pouvez-vous nous parler de votre domaine de recherche et des principales problématiques que vous explorez ?
Mes recherches se situent à l’interface de l’oncologie fondamentale et translationnelle, avec un intérêt particulier pour les mécanismes moléculaires qui sous-tendent la progression tumorale et la métastase. Je m’intéresse notamment au rôle des oncoprotéines, en particulier Nucleophosmine-1 (NPM1), dans les cancers solides et hématologiques.
Les métastases, responsables de près de 90 % des décès liés au cancer, demeurent aujourd’hui l’un des plus grands défis en oncologie, en raison de leur caractère souvent incurable. Dans ce contexte, mes travaux visent à mieux comprendre les voies de signalisation impliquées dans ce processus et à identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.
Je me concentre en particulier sur le cancer du sein triple négatif, une forme agressive et encore dépourvue d’options thérapeutiques efficaces. Étant donné que NPM1 est surexprimée dans de nombreuses tumeurs métastatiques, son ciblage représente une approche prometteuse pour le développement de stratégies thérapeutiques personnalisées.
Quels sont les défis majeurs auxquels vous avez été confrontée au cours de votre parcours académique et comment les avez-vous surmontés ?
Évoluer dans un domaine hautement compétitif comme la recherche en oncologie exige une résilience constante, une capacité d’adaptation et une persévérance face aux échecs expérimentaux et aux incertitudes scientifiques.
Par ailleurs, travailler dans un contexte parfois marqué par des contraintes logistiques, des conditions instables et un accès limité aux financements de recherche a représenté un défi majeur. Le manque de fonds peut en effet ralentir l’avancement des projets, restreindre l’accès à certaines ressources essentielles et exiger une gestion particulièrement rigoureuse des priorités scientifiques.
J’ai pu surmonter ces défis grâce à un engagement profond envers la science, au soutien de mentors et collaborateurs inspirants, ainsi qu’à une conviction personnelle que la recherche peut réellement contribuer à améliorer la vie des patients. Ces expériences ont renforcé ma rigueur, mon autonomie et ma capacité à transformer les obstacles en opportunités d’apprentissage.
Comment envisagez-vous d’utiliser la dotation de 5 000 € pour poursuivre vos travaux de recherche ?
La dotation de 5 000 € constituera un levier important pour soutenir plusieurs aspects complémentaires de mon projet de recherche.
Une partie sera dédiée à l’acquisition de logiciels spécialisés, indispensables pour l’analyse rigoureuse des données et la valorisation des résultats scientifiques.
Je prévois également d’allouer une fraction du budget à des activités de vulgarisation scientifique, notamment à travers l’impression de supports pédagogiques (posters, flyers en français) afin de rendre la recherche accessible à un public plus large.
Par ailleurs, cette dotation contribuera au renforcement de mes compétences techniques, via la participation à des formations spécialisées, notamment en bio-informatique, un domaine devenu essentiel pour l’analyse des données à haut débit.
Enfin, une partie du financement sera consacrée à la mobilité scientifique, en couvrant les frais de participation à des colloques nationaux et internationaux. Ces opportunités sont essentielles pour présenter mes travaux, favoriser les collaborations et rester à la pointe des avancées dans mon domaine.
Ainsi, cette dotation permettra non seulement de soutenir la production scientifique, mais aussi d’en renforcer l’impact, la diffusion et la qualité.
En tant que lauréate de la 2ème édition du prix, quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes chercheurs libanais ?
Aux jeunes chercheurs libanais, je souhaite adresser un message d’espoir et d’encouragement. Malgré les défis auxquels notre pays est confronté, il est essentiel de continuer à croire en la valeur de la science et en notre capacité à contribuer à l’avancement des connaissances.
La recherche est un chemin exigeant, mais profondément enrichissant. Elle demande de la patience, de la persévérance et une grande passion. Je les encourage à rester curieux, à oser innover et à ne jamais sous-estimer l’impact de leur travail, même à petite échelle.
Enfin, je les invite à s’entourer de mentors, à collaborer et à s’ouvrir à l’international, tout en restant attachés à leur identité et à leur rôle dans le développement scientifique du Liban.
À propos du Prix AUF Dolla Karam Sarkis
Ce prix annuel, créé par l’AUF Moyen-Orient en 2024, distingue des travaux de recherche de jeunes scientifiques libanais (moins de 40 ans). Il a aussi pour objectif de perpétuer la mémoire du Professeur Dolla Karam Sarkis, ancienne Vice-rectrice à la recherche de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, qui a marqué de son empreinte plus de 20 ans de collaboration active au sein des instances scientifiques et de gouvernance régionales et globales de l’AUF.