Que cherchez-vous ?

Vous cherchez plus précisément...

un membre ?
un réseau ?
un projet ?
une actualité ?
un événement ?

Sélectionnez votre région

Autour de moi
AUF - International
AUF - Afrique Australe et Océan Indien
AUF - Afrique Centrale et Grands Lacs
AUF - Afrique de l'Ouest
AUF - Afrique du Nord
AUF - Amériques
AUF - Asie-Pacifique
AUF - Caraïbe
AUF - Europe Centrale et Orientale
AUF - Europe Occidentale
AUF - Moyen-Orient

Laith Ibrahim : le numérique a transformé le rôle de l’enseignant

Partager

À la croisée de l’enseignement, de la recherche et de la gouvernance universitaire, Laïth Ibrahim incarne une francophonie académique engagée et tournée vers l’avenir. Professeur associé de langue et de littérature françaises à l’Université de Mutah en Jordanie, il partage, à travers ce témoignage, son expérience des formations de l’AUF en transition numérique et leur impact sur ses pratiques pédagogiques et sur l’accompagnement des étudiants, en soulignant les opportunités qu’offre le numérique pour l’enseignement du français.

Vous avez participé à plusieurs formations de l’AUF sur la transition numérique. Quels sont les principaux acquis que vous avez retirés de ces formations, tant sur le plan pédagogique que technologique ?

Les formations proposées par l’AUF sur la transition numérique ont représenté pour moi une expérience particulièrement enrichissante, car elles m’ont permis d’articuler réflexion pédagogique et maîtrise des outils technologiques. Elles ont surtout renforcé ma conviction que le numérique n’est pas une fin en soi, mais un levier puissant au service de l’apprentissage.

Sur le plan pédagogique, j’ai approfondi plusieurs dimensions essentielles : la scénarisation des cours à distance, l’interactivité dans les environnements virtuels, l’évaluation formative en ligne, ainsi que la pédagogie centrée sur l’apprenant. J’ai appris à concevoir des séances plus dynamiques, favorisant la participation active, le travail collaboratif et l’autonomie des étudiants. Les formations m’ont également sensibilisé à l’importance de varier les modalités d’apprentissage afin de mieux répondre à l’hétérogénéité des publics universitaires. 

Sur le plan technologique, j’ai consolidé l’usage de plusieurs plateformes et outils numériques tels que Moodle, Microsoft Teams, Zoom, les ressources collaboratives en ligne, ainsi que des applications dédiées à la création de contenus interactifs. Plus récemment, les formations relatives à l’intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur m’ont ouvert de nouvelles perspectives concernant la personnalisation des apprentissages, l’assistance à la rédaction et la production de supports pédagogiques intelligents.

Au-delà des outils, ces formations m’ont apporté une méthodologie : choisir la technologie en fonction d’un objectif pédagogique clair. Cette approche pragmatique me semble essentielle aujourd’hui. Grâce à l’AUF, j’ai pu développer une vision équilibrée du numérique, à la fois innovante, critique et adaptée aux réalités du terrain universitaire jordanien.

Pouvez-vous nous raconter une expérience concrète où vous avez appliqué ce que vous avez appris ?

Une expérience particulièrement significative a été le passage du statut de participant aux formations de l’AUF à celui de formateur des formateurs dans le domaine de l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’enseignement des langues. Les formations suivies avec l’AUF sur la transition numérique, l’innovation pédagogique et les usages responsables des technologies m’ont permis d’acquérir des compétences solides que j’ai ensuite souhaité transmettre à d’autres enseignants et étudiants.

Dans ce cadre, j’ai animé plusieurs ateliers destinés aux professeurs de français en Jordanie, en coopération avec l’Ambassade de France en Jordanie et l’Association des Professeurs de Français en Jordanie. Ces formations portaient sur l’usage pédagogique des outils d’intelligence artificielle pour la préparation des cours, la création d’activités interactives, l’évaluation formative et le développement des compétences écrites et orales.

J’ai également eu l’honneur d’intervenir au Koweït dans le cadre d’un atelier destiné aux enseignants de FLE, organisé en partenariat avec Gulf University for Science and Technology et l’Institut français du Koweït. Cette expérience régionale a permis d’aborder des échanges très enrichissants sur les défis communs de l’enseignement des langues à l’ère numérique.

Par ailleurs, j’ai assuré une formation de 40 heures à destination des enseignants de la Faculté des Lettres de Université de Mutah consacrée à l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’enseignement universitaire. J’ai aussi animé plusieurs ateliers et formations pour les étudiants afin de les sensibiliser aux usages académiques de ces outils.

Les formations de l’AUF ont un effet positif : elles forment des enseignants capables, à leur tour, de diffuser l’innovation pédagogique au sein de leurs institutions et dans toute la région.

Selon vous, quel rôle jouent aujourd’hui les compétences numériques dans l’enseignement du français ?

Les compétences numériques jouent aujourd’hui un rôle central dans l’enseignement du français, car elles transforment à la fois les méthodes d’apprentissage, les supports pédagogiques et les compétences attendues des apprenants. Enseigner une langue au XXIe siècle ne consiste plus uniquement à transmettre des règles grammaticales ou du vocabulaire ; il s’agit aussi de préparer les étudiants à communiquer, collaborer, rechercher l’information et produire du sens dans des environnements numériques.

D’abord, le numérique facilite l’accès à des ressources authentiques et variées : vidéos, podcasts, journaux francophones, bibliothèques en ligne, conférences, plateformes interactives ou applications éducatives. Cela permet aux apprenants d’être exposés à une langue vivante, actualisée et représentative de la diversité du monde francophone. Ensuite, les outils numériques favorisent la personnalisation des apprentissages : chaque étudiant peut progresser à son rythme, revoir les contenus, s’exercer de manière autonome ou bénéficier d’un accompagnement plus ciblé.

Les compétences numériques sont devenues indispensables sur le marché du travail. Un étudiant francophone capable de rédiger un courriel professionnel, participer à une visioconférence, utiliser des plateformes collaboratives ou mobiliser l’intelligence artificielle de manière éthique dispose aujourd’hui d’un avantage compétitif réel.

Le numérique a également transformé le rôle de l’enseignant. Le professeur n’est plus uniquement la source principale du savoir ni celui qui détient seul la connaissance. Il devient davantage un mentor, un guide et un médiateur pédagogique. Sa mission consiste désormais à orienter les étudiants dans l’abondance d’informations disponibles, à développer leur esprit critique, à les aider à sélectionner des sources fiables et à construire leurs compétences linguistiques, analytiques et professionnelles.

Enfin, dans l’enseignement du français, le numérique renforce la motivation. Les étudiants s’impliquent davantage lorsqu’ils créent un podcast, réalisent une présentation multimédia ou participent à un projet interculturel à distance avec d’autres universités francophones.

À mon sens, les compétences numériques ne remplacent pas les compétences linguistiques : elles les prolongent et donnent au français une dimension contemporaine, professionnelle et internationale particulièrement attractive pour les jeunes générations.

Quels sont les principaux défis que vous rencontrez dans l’enseignement du français aujourd’hui ?

L’enseignement du français aujourd’hui fait face à plusieurs défis, particulièrement dans des contextes où l’anglais domine largement comme langue internationale. En Jordanie, comme dans de nombreux pays, il est nécessaire de convaincre les étudiants que le français représente non seulement un patrimoine culturel prestigieux, mais aussi une langue d’avenir offrant des opportunités concrètes.

Le premier défi est donc celui de l’attractivité. Certains étudiants perçoivent encore l’apprentissage du français comme un choix purement académique, sans lien direct avec l’emploi. Il nous appartient de montrer ses débouchés réels dans les domaines du tourisme, de la diplomatie, des organisations internationales, de la traduction, de l’éducation, des affaires ou encore de la coopération scientifique.

Le deuxième défi concerne l’hétérogénéité des niveaux. Les étudiants arrivent souvent avec des parcours linguistiques très différents. Il faut donc adapter les méthodes d’enseignement, différencier les activités et maintenir la motivation de chacun.

Le troisième défi est lié à la transformation numérique. Les enseignants doivent intégrer les nouvelles technologies tout en conservant l’exigence linguistique et intellectuelle. L’enjeu n’est pas d’utiliser des outils pour eux-mêmes, mais de les mettre au service de l’apprentissage.

Enfin, un défi essentiel demeure la valorisation de la francophonie comme espace vivant, moderne et pluriel. Le français ne doit pas être présenté uniquement à travers la France, mais à travers la diversité des cultures francophones du monde. C’est cette ouverture qui peut susciter l’adhésion durable des étudiants.

Selon vous, en quoi la francophonie représente-t-elle une opportunité pour les jeunes jordaniens ?

La francophonie représente une véritable opportunité stratégique pour les jeunes jordaniens, car elle leur ouvre des perspectives académiques, professionnelles et culturelles à l’échelle internationale. Dans un monde marqué par la mobilité et la compétitivité, la maîtrise du français constitue un atout distinctif qui complète efficacement l’anglais.

Sur le plan académique, la francophonie permet l’accès à un vaste réseau d’universités, de programmes de bourses, de mobilités étudiantes et de partenariats scientifiques. Grâce à des institutions comme l’AUF, de nombreux étudiants peuvent participer à des formations, des concours, des stages ou des projets internationaux qui renforcent leur profil.

Sur le plan professionnel, les compétences en français sont recherchées dans plusieurs secteurs en Jordanie : le tourisme, l’hôtellerie, les organisations internationales, l’enseignement, la traduction, les relations diplomatiques et le commerce. La Jordanie étant un pays tourné vers l’international, les profils multilingues y sont particulièrement valorisés.

La francophonie est aussi une opportunité intellectuelle et humaine. Elle donne accès à des cultures diverses, à des traditions universitaires solides, à des débats contemporains sur la démocratie, l’environnement, la technologie ou la citoyenneté. Elle développe l’esprit critique et la capacité à dialoguer avec d’autres horizons culturels.

Pour les jeunes Jordaniens, la francophonie ne représente donc pas seulement l’apprentissage d’une langue supplémentaire ; elle constitue un espace d’avenir, de circulation des savoirs et d’ouverture sur le monde. C’est précisément cette dimension que nous devons continuer à promouvoir auprès des nouvelles générations.

Cartographie
Nos services

Partager cette page