Otilia Dandara, première rectrice de l’USM de Moldova

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Première femme élue à la tête de l’Université d’État de Moldova, ancienne bénéficiaire du programme de mobilité « Eugen Ionescu » et actrice des grandes réformes de l’enseignement en Moldavie, Otilia Dandara évoque les transformations de l’enseignement supérieur moldave, les défis du leadership académique, l’impact du numérique et de l’intelligence artificielle sur l’enseignement supérieur.

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Cinq questions posées à Otilia Dandara

Découvrez également, dans l’entretien qu’elle nous a accordé, sa vision sur la Francophonie universitaire.

Vous avez consacré plus de trente ans à l’Université d’État de Moldova, dont vous assurez aujourd’hui la direction.
Comment votre vision de l’université a-t-elle évolué au fil des transformations de la société et des attentes des nouvelles générations d’étudiants ?

L’avantage d’être professeur d’université est de toujours exercer son activité professionnelle au contact des jeunes et de vivre dans une réalité adaptée à leur vision. Bien sûr, en trente ans, les choses ont énormément changé : d’un début pédagogique incertain, aussi incertain que les années 90, où toutes nos actions reposaient sur le grand espoir de transformer la société et l’université, à des réalités alors difficiles à imaginer. Aujourd’hui, l’Université d’État de Moldova a bien changé : les salles de classe et les laboratoires ont été modernisés ; nous avons la possibilité de nouer des liens avec le monde extérieur, avec des universités en Europe et dans le monde entier ; les étudiants et les enseignants peuvent participer à des mobilités académiques ; de nombreuses opportunités existent pour soumettre et mettre en œuvre des idées de projets. Je crois que ma vision de l’université a évolué en même temps que l’université et ma propre maturité professionnelle. À chaque étape de mon parcours, j’ai pu m’appuyer sur un point de repère solide : j’appréciais les étudiants et souhaitais contribuer à leur développement personnel et professionnel. Ils partageaient ma vision et ma façon de penser.

Votre parcours est étroitement lié aux réformes éducatives menées en Moldova.
Parmi les changements auxquels vous avez contribué, lequel vous paraît avoir eu l’impact le plus durable sur le système d’enseignement supérieur ?

J’ai eu la chance de vivre une période de réformes. J’ai toujours aimé le changement, le rythme de vie et l’activité professionnelle. Le hasard a fait que mes premières participations aux réformes n’ont pas concerné l’enseignement supérieur, mais l’enseignement général. J’ai fait partie de l’équipe de réformateurs qui a mis en œuvre la réforme des programmes scolaires. Grâce à des stages de perfectionnement professionnel destinés aux enseignants, j’ai développé mes compétences de formatrice et mes aptitudes à travailler avec des adultes. En 2002, j’ai participé à l’équipe qui a initié la réforme des programmes d’enseignement supérieur. Je garde un excellent souvenir des années 2003-2005, durant lesquelles j’ai préparé l’intégration du système d’enseignement supérieur de la République de Moldova au processus de Bologne.

Ce processus consistait essentiellement à mettre en œuvre le nouveau concept d’enseignement supérieur. L’Université d’État de Moldova, université classique proposant de nombreux cursus dans divers domaines, a dû relever de multiples défis : faire évoluer les mentalités des professeurs, élaborer de nouveaux programmes d’études et former les jeunes étudiants aux compétences psycho-pédagogiques. J’ai compris que la période de transition d’un paradigme à l’autre s’est achevée lorsque, à l’université, nous avons cessé de comparer l’ancien paradigme académique au nouveau paradigme constructiviste des programmes, tout simplement parce qu’il n’y avait plus lieu de comparer quoi que ce soit, les choses étant perçues comme telles. Parallèlement, j’ai eu l’opportunité de participer à la réforme de l’enseignement professionnel secondaire, en contribuant à l’élaboration du cadre de référence des programmes pour ce niveau, ainsi qu’à la conception de guides méthodologiques et de manuels scolaires.

Vous êtes la première femme à avoir accédé à la fonction de rectrice de votre université.
En quoi cette expérience a-t-elle enrichi votre manière d’exercer le leadership et de conduire le changement au sein d’une institution académique ?

Élue rectrice de l’Université d’État de Moldova en 2026, je n’ai pas connu de changement majeur dans mon activité professionnelle, ayant déjà assumé la direction de l’université durant la pandémie. À cette époque, j’ai exercé les fonctions de rectrice par intérim et me suis fortement impliquée afin d’accompagner et de soutenir mes collègues dans un contexte particulièrement incertain. Depuis 2002, j’appartenais au « deuxième étage », expression employée par le personnel universitaire pour désigner l’équipe de direction. J’étais en contact permanent avec les doyens et les chefs de département. Cette communication s’est renforcée après 2010, lorsque je suis devenu vice-rectrice chargée des activités pédagogiques : je connaissais donc très bien les aspects caractéristiques de chaque faculté, les spécificités de leur culture organisationnelle.

Bien entendu, les responsabilités d’une rectrice élue sont d’une autre nature. Elles exigent une vision stratégique du développement de l’université. Les gens ont des attentes et je constate que certaines de leurs aspirations sont difficiles, voire impossibles à satisfaire. Il est facile d’être perçu comme quelqu’un capable d’améliorer les choses, mais il est plus difficile d’atteindre cet objectif. Il y a six ans, lorsque j’occupais le poste de rectrice, et encore aujourd’hui, je constate que l’environnement universitaire, perçu comme un milieu académique engagé dans la recherche et la formation de spécialistes, est quelque chose d’enrichissant et de beau. C’est en effet la mission et les objectifs d’une université, mais pour que ces objectifs soient atteints, il faut créer les conditions propices, et c’est là que réside la difficulté : l’infrastructure est cet aspect de l’université qui, bien développé, offre le confort nécessaire aux étudiants, aux chercheurs et aux enseignants. Or, l’infrastructure est un problème complexe à résoudre si elle n’est pas adaptée à notre époque, si elle a été conçue à une autre époque, à un autre siècle.

L’élément le plus important est la constitution d’une équipe de direction. On peut améliorer beaucoup de choses lorsqu’on a des collègues impliqués dans la résolution des problèmes de l’université et qui ont un fort sentiment d’appartenance à celle-ci.

Dans un contexte marqué par la transition numérique, l’intelligence artificielle et l’évolution rapide des métiers, quelles compétences les universités doivent-elles aujourd’hui développer chez leurs étudiants pour préparer l’avenir ?

Dans le contexte de l’évolution rapide des technologies modernes, l’université, en tant qu’institution de formation des futurs spécialistes, est confrontée à de multiples défis. Personnellement, l’équilibre et la ténacité ont été pour moi deux valeurs essentielles qui ont guidé ma vie et mon activité professionnelle, et je crois ne pas avoir failli. Je suis convaincue que, face à l’intelligence artificielle, il est tout aussi important d’adopter une approche équilibrée et de faire preuve de discernement dans l’utilisation des nombreuses recommandations qui émanent aujourd’hui de diverses sources. Par ailleurs, je ne pense pas que quiconque considère la ténacité et l’engagement comme des principes fondamentaux de l’éducation comme superflus. L’humanité n’a pas inventé de meilleure méthode d’apprentissage que la pratique. Lorsque l’objectif est de développer des compétences, la pratique ne saurait se substituer à la réponse toute faite fournie par l’intelligence artificielle.

L’humanité n’a pas inventé de meilleure méthode pour se forger une opinion que la réflexion fondée sur des informations structurées de manière indépendante. Lorsqu’il s’agit de former des opinions ou des attitudes, nous, professeurs d’université, n’avons qu’à créer les conditions propices à la réflexion chez nos étudiants.

L’Université d’État de Moldova est engagée depuis de nombreuses années dans la coopération universitaire francophone.
Comment la Francophonie académique et des réseaux comme l’AUF peuvent-ils contribuer à renforcer la qualité de l’enseignement supérieur, la mobilité des jeunes et le dialogue entre les cultures ?

L’AUF représente pour l’Université d’État de Moldova une communauté qui a ouvert et continue d’ouvrir de multiples perspectives. Notre participation à cette communauté universitaire multiculturelle est une opportunité de développement. Avant l’adhésion de la République de Moldova au processus de Bologne, l’AUF était pratiquement la seule ressource pour accéder aux projets bilatéraux ou aux projets menés en équipes composées de représentants de plusieurs universités.
Grâce à l’AUF, il a été possible, dans les années 90, de lancer des programmes de double diplôme : par exemple, le master en droit vitivinicole, réalisé en partenariat avec l’Université de Bordeaux, ou les multiples cotutelles de doctorat en chimie, réalisées en partenariat avec des universités comme celle de Lyon.
Les enseignants comme les étudiants ont bénéficié de bourses ou de documentations scientifiques. Ces bourses constituent également un réel atout et un soutien motivant pour les jeunes enseignants.
Les projets financés par cette communauté ont été diversifiés au fil des ans : projets de recherche, de développement institutionnel, de perfectionnement professionnel pour le personnel enseignant, et projets de soutien à des événements scientifiques tels que colloques et conférences.
À titre personnel, en tant que jeune chercheuse, j’ai bénéficié de la bourse Eugen Ionesco, qui m’a permis de réaliser une documentation de qualité et, par conséquent, de soutenir ma thèse de doctorat habilité. J’ai pu appréhender pleinement la dimension multiculturelle du milieu universitaire en participant au forum de l’AUF, organisé à Marrakech en 2017.
L’AUF est un réseau où les universités partagent des valeurs communes et définissent les paramètres de leurs perspectives de développement.

Lorsqu’il s’agit de former des opinions ou des attitudes, nous, professeurs d’université, n’avons qu’à créer les conditions propices à la réflexion chez nos étudiants.

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