Et si la pluralité des langues devenait un moteur d’innovation scientifique ? C’est le pari du Manifeste francophone pour la publication scientifique dans un espace multilingue – un monde, une science, plusieurs langues, adopté à l’UDEF en marge de la 6e Semaine mondiale de la Francophonie scientifique.
Ce texte est issu des travaux des deux premières éditions de l’UDEF, dispositif de l’AUF coordonné par l’Académie internationale de la Francophonie scientifique (AIFS), organisées à Rabat (Maroc) en 2024 puis à Beyrouth (Liban) en 2025.
Un constat : l’anglais, condition de visibilité
Depuis les années 1990, plusieurs facteurs combinés (nouvelles technologies du numérique, internationalisation de l’enseignement supérieur, facteur d’impact pour la hiérarchisation des revues, création du Science Citation Index…) ont fait de l’anglais la langue dominante de la recherche. Cette hiérarchie pèse sur la participation des chercheurs non anglophones et peut les conduire à délaisser des sujets d’intérêt national. Le Manifeste le rappelle : il ne s’agit pas d’opposer l’anglais aux autres langues, mais de refuser qu’une seule devienne la condition de visibilité et de légitimité scientifiques.
Une réponse collective
Rédigé par 22 spécialistes de 15 pays, représentant les principales composantes de l’écosystème éditorial (recherche, édition, direction de revues, gouvernance, science ouverte, politiques linguistiques), le Manifeste constitue une feuille de route de dix recommandations à court, moyen et long terme. Elle s’adresse à cinq acteurs clés, de la recherche à l’édition :
- les communautés scientifiques ;
- les établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche ;
- les États et gouvernements francophones ;
- les revues scientifiques francophones ;
- le monde professionnel de l’édition et de la diffusion.
Des actions immédiates
Le Manifeste appelle dès maintenant à des actions concrètes :
- créer un comité de suivi représentatif des cinq acteurs, chargé de la mise en œuvre et du pilotage du Manifeste ;
- établir un plan de travail progressif, avec chantiers prioritaires, la recherche de financements et projets pilotes rapidement déployables ;
- définir un calendrier commun, en lien avec les grands rendez-vous francophones.
Le Manifeste doit désormais se traduire en décisions, financements, infrastructures et pratiques. Et il n’a pas vocation à rester francophone : d’autres espaces linguistiques peuvent s’en saisir.
Ce document a été conçu en partenariat avec :
- l’Agence française de développement ;
- le Fonds de recherche du Québec ;
- le Conseil africain et malgache de l’enseignement supérieur ;
- la Fédération Wallonie-Bruxelles ;
- le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur ;
- l’Acfas ;
- l’Institut de recherche pour le développement ;
- Érudit ;
- OpenEdition ;
- le Réseau Circé, réseau québécois de recherche et de mutualisation pour les revues scientifiques ;
- Global Africa ;
- la revue Management international ;
- la revue Facteurs humains.