Le Centre d’Employabilité Francophone (CEF) de Phnom Penh a organisé, le 28 juin 2026, une visite d’entreprise à Kampong Thom au bénéfice de 90 étudiants en formation d’entrepreneuriat, issus de plusieurs universités membres de l’AUF au Cambodge. Le voyage a débuté par une présentation et des échanges préparatoires dans le bus, ainsi que par la formulation des questions à poser à l’entreprise.
Soutenue par l’Ambassade de France au Cambodge dans le cadre du Fonds Équipe France (FEF), la visite s’est déroulée au sein de BRM Agro, une rizerie et exploitation agricole spécialisée dans la production et la transformation de riz de qualité destiné à l’exportation à l’étranger, notamment aux Etats-Unis et en Europe. La présentation de l’entreprise et le partage d’expériences ont commencé par l’historique de son fondateur, M. CHAN Ang, ancien étudiant de l’Université royale de droit et des sciences économiques et également Alumni France-Cambodge. Il a commencé ses études en 1993 dans la filière spéciale, programme BBA, et les a terminées en 1998. Grâce à des bourses du gouvernement français, il a poursuivi ses études à l’AIT, puis à l’ESCP-EAP à Paris, ensuite à Babson College & MIT, Boston USA jusqu’en 1999.
À son retour au pays, il a d’abord travaillé à la Banque mondiale, puis dans une entreprise pétrolière américaine, Shell, jusqu’en 2006, avant de rejoindre la banque ANZ. Il y a travaillé pendant cinq ans, puis a intégré SOKIMEX, une grande entreprise pétrolière cambodgienne où il est resté onze ans avant de créer sa propre entreprise.
Fondée en 2018, BRM Agro repose sur un modèle original : l’entreprise loue des rizières aux paysans, construit des systèmes d’irrigation et leur fournit les intrants nécessaires, notamment les semences, les engrais et les insecticides, en s’engageant à racheter leur riz à un prix garanti.
M. Chan Ang, Directeur général de l’entreprise BRM Agro
« Nous considérons les paysans comme des partenaires. Nous leur louons des rizières et nous leur fournissons les matières premières. Ils apportent seulement leur force de travail. Si la récolte est bonne, ils gagnent davantage, car nous avons déjà garanti un prix supérieur à celui du marché. Ils n’ont donc pas à s’inquiéter au moment de la moisson. À ce jour, le nombre de bénéficiaires est d’environ 750 familles vivant dans les environs, et nous espérons encore élargir notre capacité », a expliqué M. CHAN Ang, directeur général de BRM Agro.
Selon lui, son engagement dans l’agriculture s’explique par trois raisons principales : la politique d’exportation d’un million de tonnes de riz définie par le gouvernement royal, ses origines familiales dans le commerce du riz à Thmar Kol, dans la province de Battambang, et le faible nombre d’intellectuels cambodgiens investissant dans le secteur agricole.
Avec enthousiasme, le responsable de l’entreprise a accompagné les étudiants tout au long de la journée, leur présentant les machines de décorticage, de séchage, de tri, les zones de stockage, les ateliers d’emballage, ainsi que les fermes et les infrastructures situées à distance des locaux de la rizerie.
« Je suis heureux d’accueillir près d’une centaine de jeunes qui ont posé de nombreuses questions intéressantes sur les défis liés à la filière riz, en particulier la production et l’exportation. En pratique, beaucoup de difficultés se présentent. Si nous avons des personnes compétentes, ces problèmes seront résolus plus rapidement, car une seule personne ne peut pas tout faire », a souligné M. CHAN Ang.
Interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à quitter un poste confortable dans un bureau climatisé en ville pour travailler dans la chaleur, aux côtés des paysans, il a répondu : « C’est parce que j’aime travailler dans ce domaine de tout mon cœur. En tant que Cambodgien ayant suivi des études supérieures, si je ne fais pas ce travail, qui le fera à notre place ? Ce n’est qu’un début. Je souhaite être un modèle pour les Khmers, surtout pour les jeunes générations, afin qu’elles continuent à développer non seulement l’agriculture et la riziculture, mais aussi d’autres secteurs. »
L’entreprise offre également des stages et des emplois aux jeunes dans différents domaines : fermes, rizerie, technique, électricité, gestion et comptabilité. Cependant, il reste difficile de trouver des jeunes prêts à travailler et à vivre sur place, loin de la ville. Le manque d’attrait des jeunes diplômés pour la campagne demeure un problème récurrent. Pourtant, selon l’entrepreneur, il est difficile de soutenir durablement les paysans sans investir sur le terrain.
Les étudiants ont aussi partagé leurs impressions à l’issue de la visite.
« Pour la visite d’aujourd’hui, j’ai beaucoup appris de l’expérience du directeur général. Il est très compétent et flexible. Son entreprise est bien développée, comme en témoignent les nombreuses machines dans la rizerie, ainsi que la gestion technique, commerciale et des ressources humaines », a déclaré Mlle EM Rina, étudiante à l’ITC-Kep.
De son côté, Mlle HAO Ratha, étudiante à l’ITC, a estimé que l’entrepreneuriat est essentiel pour les jeunes. « L’entrepreneur n’aide pas seulement lui-même, mais il crée aussi des emplois et soutient la communauté », a-t-elle affirmé.
Selon M. CHAN Ang, l’entreprise peut sécher 800 tonnes de riz par jour, en stocker 20 000 tonnes et piler puis exporter mensuellement 3 000 tonnes. Il ambitionne de multiplier sa capacité de production par dix, afin d’aider jusqu’à 10 000 familles, de créer davantage d’emplois et de développer de nouvelles infrastructures et de nouveaux systèmes d’irrigation dans l’avenir.
Les étudiants ont ainsi découvert les différentes étapes de transformation du riz, du séchage au décorticage, en passant par le tri, le stockage et l’emballage, ainsi que les différentes sections et dépôts de l’entreprise. Ils ont ensuite visité les systèmes d’irrigation, les fermes de production, les ateliers de réparation de machines agricoles et l’unité de production d’insecticides.
Selon le responsable de l’atelier, l’entreprise limite l’utilisation de produits entièrement chimiques et privilégie des insecticides traditionnels afin d’aider les paysans tout en respectant les normes de qualité exigées par les acheteurs des marchés européens et américains.