Ghada el Khayat : la crise est une opportunité d’innovation

Ghada Micro

Ghada el Khayat a des liens forts avec la francophonie et l'AUF. Son parcours professionnel diversifié en témoigne. Ingénieure en génie de télécommunications, diplômée de l’Université d’Alexandrie (Egypte) elle détient un master en gestion de projets de l’Université Senghor (Egypte) et un doctorat en génie industriel et génie des systèmes de l’École Polytechnique de Montréal (Canada). Témoignage d’une enseignante dynamique qui dirige l'unité « Innovation Pédagogique et Apprentissage à Distance-ADIP » à l’Université d’Alexandrie.

Professeure titulaire en informatique décisionnelle et directrice du département des systèmes d’informations et d’informatique de la faculté de commerce de l’Université d’Alexandrie, Ghada el Khayat a supervisé plus de 50 projets de fin d’études dans les facultés de commerce et d’ingénierie. Elle a également encadré la recherche de plus de 20 doctorants et étudiants de master et produit plus de 50 communications dans des conférences et articles dans des revues à comité de lecture, en plus de quelques chapitres de livres publiés à l’échelle internationale.

  • Parlez-nous de votre parcours avec l’AUF

J’ai connu l’AUF à travers un atelier Transfer tenu au CNF d’Alexandrie en 2004  sur la création des sites web éducatifs. L’utilisation des technologies éducatives m’a passionnée et je ne voulais  pas arrêter de développer mes compétences dans ce domaine.

Avec  l’AUF, j’ai formé plusieurs équipes de formateurs sur le numérique dans maints ateliers au Moyen-Orient. J’ai accompagné des collègues de plusieurs universités dans leurs projets de conception et mise en ligne des cours. Je suis conceptrice et tutrice des cours offerts en ligne dans le cadre d’un programme de Master offert en collaboration avec l’université de Poitiers et soutenu par l’AUF. J’ai participé au projet européen Tempus-ADIP  « Apprentissage à Distance et Innovation Pédagogique » coordonné par l’AUF. Les programmes de mobilité de l’Agence m’ont permis de vivre des expériences très riches sur tous les plans. J’ai aussi été bénéficiaire d’un projet PCSI très réussi, avec un nombre important de publications. Aussi, je suis membre de la commission régionale d’experts de l’AUF au Moyen-Orient, et j’en suis fière.

  • Comment adaptez-vous vos pratiques d’enseignement au contexte sanitaire actuel ?

Étant experte en enseignement à distance, je n’ai pas eu de problèmes d’adaptation de mes  pratiques d’enseignement au contexte sanitaire actuel. Mes étudiants sont autonomes et ils sont habitués à ma méthode axée sur l’apprenant.  Ce que j’ai vécu était plutôt un grand soutien que je devais donner aux collègues ; ce qui représentait une charge de travail importante mais son résultat me rend très heureuse. La crise était aussi pour moi une opportunité d’innovation dans la conception des travaux et des activités étudiantes. J’ai adopté l’approche de la classe inversée dans  beaucoup de mes enseignements et j’ai développé une attitude très affective et engageante avec mes étudiants que je ne vois pas et que je rencontre seulement en ligne.  Il faut dire que les outils informatiques deviennent de plus en plus très simples à utiliser et permettent des enregistrements et une production de contenu de bonne qualité et en peu de temps.

  • Comment voyez-vous l’avenir de la francophonie universitaire en Égypte ?

Le rôle de l’AUF en Égypte ne cesse de s’accroître. De plus, l’État égyptien a pris la décision d’introduire la langue française à bas âge dans les enseignements de toutes les écoles comme c’est le cas pour l’arabe et l’anglais, ce qui va rendre l’Égypte beaucoup plus francophone. Beaucoup de réussite pour la francophonie universitaire est attendu en Égypte avec des générations d’étudiants francophones qui vont intégrer des départements de langue française ou des disciplines enseignées en langue française. Avec l’objectif de l’internationalisation, stratégique et prioritaire pour la plupart des universités égyptiennes publiques et privées, on s’attend à une bonne ouverture aux universités internationales en général et aux universités françaises et francophones en particulier. L’enseignement du français aura un impact direct sur la francophonie universitaire en Égypte. Les projets européens et les bourses offertes par quelques organismes, l’existence d’un opérateur direct de la francophonie sur le territoire égyptien ainsi que les efforts déployés pour soutenir la francophonie par le ministère égyptien des affaires étrangères ne feront qu’améliorer la situation.

 

  • La crise a-t-elle impacté les échanges entre les chercheurs ?

Les enseignants chercheurs devaient investir beaucoup de temps pour se former au numérique pour adapter leurs enseignements. Cela a impacté la quantité et la qualité des échanges et les a ralentis entre chercheurs. La crise a réduit le nombre de contrats de recherche et les effectifs embauchés pour des postes de recherche, et par conséquent le nombre de publications. Elle a impacté la mobilité entre chercheurs et donc quelques projets n’ont pas pu finaliser leurs livrables à temps. Aussi, des étudiants n’ont pas pu finaliser leurs thèses comme planifié et ceux dans les pays qui ne possèdent pas une bonne infrastructure technologique n’ont pas pu travailler sur leurs recherches à distance en utilisant la technologie. Les recherches avec les entreprises ont été négativement impactées ; la majorité de ces dernières soufrait des problèmes économiques qui rendaient les recherches moins prioritaires. Cependant, la crise a permis aux chercheurs voulant travailler sur les problèmes liés à la pandémie de publier rapidement des articles dans les journaux scientifiques qui accéléraient leur processus de publication.

 

  • Quel rôle attribuer à la recherche scientifique dans le monde de demain, celui de l’après COVID ?

La recherche scientifique a le rôle initial de produire la connaissance. Elle doit se pencher sur des problématiques importantes qui étaient très évidentes lors de la pandémie. D’abord, les recherches dans le domaine de la santé étaient et resteront très importantes. Je cite aussi d’autres domaines en lien avec ce que nous vivons actuellement comme la gestion de crises, le rôle du numérique dans le secteur médical et les problématiques de la transformation numérique en général.

Un autre rôle de la recherche scientifique est d’éduquer le public. Durant la crise, nous avons lu et écouté beaucoup de conseils et de recommandations qui étaient loin d’être basés sur un fondement scientifique. Un rôle informateur devient très important pour la communauté des chercheurs et des scientifiques, que ceux-ci doivent assumer avec les spécialistes de communication scientifique. Un troisième rôle serait d’alimenter la société par des innovations qui peuvent soutenir l’économie dans une situation pareille dans l’avenir. Finalement, avoir le leadership dans le développement des  politiques de santé publique s’avère le plus important.

 

  • Un dernier message à la communauté de la francophonie scientifique dans cette période de grande inquiétude ?

La diversité est le cœur battant qui assurera une production scientifique différente et de grande valeur. Aussi la diversité garantit des relations durables entre chercheurs où les uns apprennent des autres.  Cette période de grande crise est pour nous une grande opportunité de travail collaboratif. Malgré le fait que nous travaillons beaucoup à distance, je suis sûre que les valeurs de la francophonie qui nous unissent nous permettront de produire ensemble. Travaillons !

Date de publication : 08/02/2021

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