La francophonie comme levier de l’autonomisation
Bien que son parcours soit principalement lié au monde lusophone, Astrigilda Silveira voit dans l’espace francophone un formidable outil stratégique, notamment pour la jeunesse et les femmes. Elle y perçoit « un réseau de solidarité intellectuelle, de mobilité académique et d’accès à un financement compétitif ». Pour elle, la Francophonie peut et doit être un espace d’autonomisation, en favorisant le leadership féminin et l’égalité des genres dans les filières scientifiques.
Elle propose des pistes concrètes : créer des programmes de mentorat pour les femmes académiques, garantir leur parité dans les instances décisionnelles, ou encore financer leurs recherches. « La francophonie est, avant tout, un espace de réciprocité et d’innovation partagée », affirme-t-elle, forte de ses expériences de coopération avec d’autres pays africains, où la langue française a parfois servi de pont.
Un leadership au féminin
Être femme à la tête d’une université, qu’est-ce que ça change ? Pour elle, la réponse est limpide. Cela change « concrètement, la manière d’exercer l’écoute, la médiation et la construction de consensus ». Cela apporte une sensibilité aux questions de conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle et une attention accrue aux voix sous-représentées.
Mais le chemin est encore long, semé d’embûches. Astrigilda a rencontré des résistances liées au genre, des stéréotypes et des « attentes différenciées ». Sa réponse a toujours été la même : la compétence technique, la transparence et les résultats. « Je crois que la meilleure façon de surmonter les barrières de genre est de construire une légitimité par le travail, la cohérence et l’engagement pour le bien commun », souligne-t-elle, sans jamais nier la nécessité de politiques volontaristes pour l’égalité des chances.
L’empreinte d’une vie
Si elle regarde derrière elle, Astrigilda Silveira est fière. Fière d’avoir formé des centaines de professeurs de mathématiques à travers l’Afrique, de voir les classes se transformer grâce aux outils numériques. Fière aussi de cette loyauté de vingt-six ans envers l’Uni-CV, une fidélité rare qui donne du poids à son projet pour l’avenir.
L’impact qu’elle veut laisser est à la hauteur de cet engagement: « Une Uni-CV renouvelée : autonome et transparente, avec des carrières justes, des étudiants soutenus, une recherche ancrée territorialement et une extension à impact social visible. » Plus qu’une série de réformes, c’est une culture de gouvernance participative qu’elle souhaite instaurer.
Aux jeunes filles et étudiantes qui doutent encore, elle adresse un message plein de cette humanité qui la caractérise : « Croyez en votre potentiel, exigez une formation de qualité et n’ayez pas peur d’occuper des espaces de leadership. La science, la technologie et la gouvernance ont besoin de votre intelligence, de votre créativité et de votre perspective unique. »
Son parcours est celui d’une bâtisseuse discrète mais obstinée. Celle qui aurait pu se contenter d’une carrière honorable dans l’ombre des amphithéâtres a choisi, à l’heure de la maturité, de se jeter dans la lumière exigeante de la gestion publique. Non pas pour le pouvoir, mais pour servir. « Être leader aujourd’hui, c’est servir avec humilité, décider avec des preuves, écouter avec empathie et transformer avec un objectif collectif », résume-t-elle. Astrigilda Silveira ne se présente pas seulement pour diriger une université ; elle se présente pour incarner une idée : celle d’une institution qui, enfin, se met au service de tous.