Pr Joëlle Perreau : « Pas d’inquiétude, une femme est aux commandes. » 

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Dans le cadre de « Mars – Mois du leadership féminin & de la francophonie », l’AUF Afrique Australe et Océan Indien met en lumière chaque semaine un parcours qui dirige, innove et transmet. Aujourd’hui, rencontre avec le Pr Joëlle Perreau, Vice-chancelière de l’Université des Seychelles. 

Linguiste de formation, enseignante-chercheuse passionnée par les mystères du cerveau et des langues, Joëlle Perreau n’avait pas prévu de devenir administratrice. Pourtant, c’est elle qui, depuis janvier 2021, dirige l’Université des Seychelles, la seule université nationale de cet archipel de l’océan Indien. Une responsabilité qu’elle a acceptée « par circonstance », poussée par la confiance des siens et une conviction profonde : le leadership, quand il est exercé avec respect, tolérance et ouverture, peut transformer une institution et lui donner sa place. 

Du laboratoire à la présidence : un parcours « poussé » 

Jolle Perreau a grandi dans un pays où « on est encouragé à prendre des postes pour sauvegarder les ressources locales ». Lorsque sa collègue doyenne a souhaité arrêter, on l’a invitée à postuler. Elle, la chercheuse passionnée de psycholinguistique et de technologies éducatives, hésitait. « Je pensais que basculer dans l’administration allait me faire arrêter ce que je faisais en tant qu’enseignante. » Mais ses supérieurs l’ont encouragée. « Je me suis dit : OK, je me lance. C’était comme une responsabilité qui metombait dessus du jour au lendemain. » Doyenne de 2016 à 2020, elle est ensuite devenue vice-chancelière lorsque son prédécesseur a été nommé ministre. « C’était la continuité de ce que je faisais, mais avec des responsabilités multipliées par cent, par mille. Ce n’était pas une ambition personnelle. » Pourtant, elle a accepté, portée par l’idée de servir. 

Style de leadership : respect, tolérance, ouverture

Dans un petit pays comme les Seychelles, avec une université nationale unique, hybride entre public et privé, la marge de manœuvre est étroite. Jo¨elle Perreau le sait. « On ne reçoit pas un soutien budgétaire de la part gouvernement comme à Maurice. On reçoit des étudiants qui paient leurs études grâce à leur bourse, et le gouvernement nous paie pour eux. » Face à cette réalité, son style de gouvernance repose sur trois valeurs : le respect, la tolérance et l’ouverture. « On respecte l’autonomie académique, l’autonomie de recherche. Et la tolérance, parce que nous sommes tous différents, mais pareils en tant qu’êtres humains. » Elle refuse l’entre-soi : « Il ne faut pas être fermé et borné à ne pas écouter où l’on va dans le pays et dans la région. Sinon, on ne va pas survivre. » Sa fierté aujourd’hui ? Que l’université ait trouvé sa place, qu’elle soit reconnue, écoutée, et qu’on lui fasse confiance dans la région et à l’international. 

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3 Questions posées à ……

Pr Joëlle Perreau, Vice-chancelière de l’Université des Seychelles

Quel a été le moment décisif de votre carrière ?

Je n’ai pas eu de moment particulier qui a guidé ma carrière. J’ai accepté des responsabilités quand la situation l’exigeait, d’abord comme doyenne puis comme vice‑chancelière. Mais j’ai aussi été soutenue et encouragée par mon entourage, mes prédécesseurs et mes collègues.

Quelle valeur imposez‑vous à votre équipe et vos étudiants ?

Le respect et la tolérance de tous.

De quoi êtes‑vous la plus fière aujourd’hui ?

D’avoir renforcé la place et la reconnaissance de l’Université des Seychelles dans la société et à l’international.

La Francophonie, un espace d’ouverture et de solidarité 

Formée à l’Université de Besançon puis à l’Université de Paris III-Sorbonne nouvelle, Joëlle Perreau est un pur produit de l’espace francophone. « Ça m’a donné une certaine ouverture. Aux Seychelles, le créole, notre langue maternelle, a un très grand rapport avec le français. La francophonie nous permet d’étudier notre identité. » Elle apprécie les échanges avec les collègues de la Caraïbe, de l’océan Indien, de toute la zone. « Ça renforce les liens et les possibilités pour les femmes et les jeunes. » Elle est aujourd’hui vice-présidente de la C2R (Conférence Régionale des Recteurs de l’AUF) en Afrique australe – océan Indien et se réjouit qu’une femme soit à ce poste dans cette région. « C’est bien qu’au moins les femmes soient représentées à travers moi. »  

Femme et leader : « Je n’ai pas ressenti de plafond de verre »

Interrogée sur les éventuelles résistances liées à son genre, Jolle Perreau répond sans détour : « Non, franchement non. Je ne fais pas attention aux obstacles, s’il y en a. Je fait juste ce qu’il y a à faire, avec ce qu’il y a. » Elle attribue cette absence de plafond de verre au contexte seychellois, où « on a l’habitude d’avancer comme femme ». Et face aux décisions difficiles à prendre, elle a un cadre : « Je consulte d’abord mes collègues. Puis je réfléchis. Ensuite je décide. Et je tiens toujours à mes décisions car elles ne sont pas personnelles. Elles sont basées sur des réflexions objectives avec l’input des autres. » 

L’héritage d’une bâtisseuse : des citoyens responsables et apprenants à vie 

Quelle empreinte souhaite-t-elle laisser ? « Des personnes responsables, entrepreneurs, toujours cherchant à apprendre. » Elle veut inculquer l’idée de l’apprentissage tout zu long de la vie. « Dès qu’on a un diplôme, on n’a pas fini. Il faut continuer à se développer, à partager ses connaissances. » Elle croit profondément que « rien n’est impossible si on se met à travailler honnêtement, même dans un très petit pays comme les Seychelles ». 

Un objet, un symbole 

Sur son bureau, une petite plaque en bois attire immédiatement le regard. On peut y lire : « Relax, there’s a woman on the job » (traduction : « Détendez-vous, une femme est sur le coup »).  
Elle précise aussitôt : « Ce n’est pas moi qui l’ai achetée, c’est à ma mère et elle me l’a offerte lorsque je suis devenue doyenne, à un moment où j’hésitais. » Sa mère, elle-même issue du monde de l’administration, s’y est forgé une solide réputation. « J’ai énormément de respect pour ses capacités et son expérience. J’ai grandi en la voyant travailler dans différentes organisations, en tant que femme leader. Elle a toujours bénéficié d’un respect incroyable de la part de ses collègues, et cela continue aujourd’hui. » 
À 72 ans, sa mère reste active et engagée. « Elle est encore forte, très présente partout où elle va. Le respect qu’elle inspire ne tient pas seulement à ses décisions ou à ses compétences administratives, mais à sa personnalité. C’est elle qui a créé son propre chemin. » 
De cette transmission, elle retient une conviction : « Les femmes savent être multitâches. Nous pouvons être au bureau tout en menant une vie personnelle et communautaire… Cette plaque, c’est aussi un rappel de cela. » 

Un message aux jeunes 

Aux jeunes qui hésitent, elle adresse un message simple : « Il ne faut pas qu’ils aient peur. Qu’ils avancent ! Mais en n’oubliant jamais qu’il y a quelqu’un qui a fait avant nous. Notre contribution est modeste, humble. Ce n’est pas que la qualification qui compte, c’est la personne, la façon d’être, la façon de se comporter professionnellement. La personnalité compte beaucoup. » 

Elle se définit en un mot : « croyante ». Croyante en Dieu et surtout, croyante dans la capacité des gens, de ses compatriotes. « Je crois que le bien finit toujours par gagner. » 

Rien n’est impossible si l’on travaille honnêtement, même dans un petit pays comme les Seychelles.

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