La Francophonie, un espace d’ouverture et de solidarité
Formée à l’Université de Besançon puis à l’Université de Paris III-Sorbonne nouvelle, Joëlle Perreau est un pur produit de l’espace francophone. « Ça m’a donné une certaine ouverture. Aux Seychelles, le créole, notre langue maternelle, a un très grand rapport avec le français. La francophonie nous permet d’étudier notre identité. » Elle apprécie les échanges avec les collègues de la Caraïbe, de l’océan Indien, de toute la zone. « Ça renforce les liens et les possibilités pour les femmes et les jeunes. » Elle est aujourd’hui vice-présidente de la C2R (Conférence Régionale des Recteurs de l’AUF) en Afrique australe – océan Indien et se réjouit qu’une femme soit à ce poste dans cette région. « C’est bien qu’au moins les femmes soient représentées à travers moi. »
Femme et leader : « Je n’ai pas ressenti de plafond de verre »
Interrogée sur les éventuelles résistances liées à son genre, Jolle Perreau répond sans détour : « Non, franchement non. Je ne fais pas attention aux obstacles, s’il y en a. Je fait juste ce qu’il y a à faire, avec ce qu’il y a. » Elle attribue cette absence de plafond de verre au contexte seychellois, où « on a l’habitude d’avancer comme femme ». Et face aux décisions difficiles à prendre, elle a un cadre : « Je consulte d’abord mes collègues. Puis je réfléchis. Ensuite je décide. Et je tiens toujours à mes décisions car elles ne sont pas personnelles. Elles sont basées sur des réflexions objectives avec l’input des autres. »
L’héritage d’une bâtisseuse : des citoyens responsables et apprenants à vie
Quelle empreinte souhaite-t-elle laisser ? « Des personnes responsables, entrepreneurs, toujours cherchant à apprendre. » Elle veut inculquer l’idée de l’apprentissage tout zu long de la vie. « Dès qu’on a un diplôme, on n’a pas fini. Il faut continuer à se développer, à partager ses connaissances. » Elle croit profondément que « rien n’est impossible si on se met à travailler honnêtement, même dans un très petit pays comme les Seychelles ».
Un objet, un symbole
Sur son bureau, une petite plaque en bois attire immédiatement le regard. On peut y lire : « Relax, there’s a woman on the job » (traduction : « Détendez-vous, une femme est sur le coup »).
Elle précise aussitôt : « Ce n’est pas moi qui l’ai achetée, c’est à ma mère et elle me l’a offerte lorsque je suis devenue doyenne, à un moment où j’hésitais. » Sa mère, elle-même issue du monde de l’administration, s’y est forgé une solide réputation. « J’ai énormément de respect pour ses capacités et son expérience. J’ai grandi en la voyant travailler dans différentes organisations, en tant que femme leader. Elle a toujours bénéficié d’un respect incroyable de la part de ses collègues, et cela continue aujourd’hui. »
À 72 ans, sa mère reste active et engagée. « Elle est encore forte, très présente partout où elle va. Le respect qu’elle inspire ne tient pas seulement à ses décisions ou à ses compétences administratives, mais à sa personnalité. C’est elle qui a créé son propre chemin. »
De cette transmission, elle retient une conviction : « Les femmes savent être multitâches. Nous pouvons être au bureau tout en menant une vie personnelle et communautaire… Cette plaque, c’est aussi un rappel de cela. »
Un message aux jeunes
Aux jeunes qui hésitent, elle adresse un message simple : « Il ne faut pas qu’ils aient peur. Qu’ils avancent ! Mais en n’oubliant jamais qu’il y a quelqu’un qui a fait avant nous. Notre contribution est modeste, humble. Ce n’est pas que la qualification qui compte, c’est la personne, la façon d’être, la façon de se comporter professionnellement. La personnalité compte beaucoup. »
Elle se définit en un mot : « croyante ». Croyante en Dieu et surtout, croyante dans la capacité des gens, de ses compatriotes. « Je crois que le bien finit toujours par gagner. »